Godless est une mini-série américaine créée et réalisée par Scott Frank, et produite par le cinéaste Steven Soderbergh. La série est composée de sept épisodes. Une réussite totale qui remet le western au goût du jour et flatte la rétine. 

Godless est une pure série de genre, un western magistral, sagement classique de prime abord, mais bien plus moderne dans le fond. Une histoire de Far West, qui fleure bon le rodéo, le tord-boyaux, la Winchester encore fumante et la musique country. Mais fort de son support et du temps offert par Netflix, il prend surtout soin d’explorer ses personnages et au passage, la sociologie de l’Amérique sauvage. Notamment la place de la femme, dans ce monde de mâles dominants.

Il dessine ainsi des pionnières fortes et attachantes, des femmes libres, puissantes, à une époque où elles n’avaient pas droit de cité. Il dessine des hommes perdus, abrupts, sanguinaires et presque carnassiers. Bref, une guerre des sexes improbable, dans l’ambiance poussiéreuse de la conquête de l’Ouest. Toute une galerie de figures insensées, merveilleusement incarnées par un casting droit dans ses bottes.

Roy Goode (Jack O’Connell) est un as de la gâchette qui défend la veuve et l’orphelin. Sorte de Robin des Bois du grand Ouest, il se retrouve un jour opposé à Frank Griffin (Jeff Daniels), un hors-la-loi qui pille et terrorise les villes du Colorado, aidé par son gang. Au cours d’une violente fusillade pendant l’embuscade d’une locomotive, les deux hommes s’affrontent et se retrouvent grièvement blessés.

Tandis que Frank prépare sa contre-attaque avec ses hommes, Roy trouve refuge dans une petite ferme aux abords de La Belle, bourgade majoritairement constituée de femmes depuis un grave incendie ayant décimé la gent masculine du territoire dans un accident minier. Seules les vieillards, les épouses, quelques enfants sont restées et ce sont les femmes qui dirigent la ville. Roy est soigné par Alice Fletcher (Michelle Dockery), une éleveuse de chevaux devenue paria après s’être mariée avec un Indien. Là, ils vont devoir s’organiser pour défendre la ville et repousser Frank et ses sbires, tandis que le shérif Bill McNue (Scoot McNairy) a métaphoriquement perdu son ombre, au bout du rouleau, il est considéré comme un lâche par les habitantes de La Belle.

Les deux hommes derrière Godless viennent du septième art et cela se ressent à l’écran. Visuellement, la série est sublime et reconstitue minutieusement le grand Ouest du XIXe siècle. La photographie léchée et la mise en scène très cinématographique, soulignées par les bandes noires du format 16/9, apportent une force d’immersion convaincante et efficace. Godless se déguste, morceau par morceau, pour apprécier un peu plus chaque personnage et chaque storyline. Pour apprécier la jubilation visuelle de Scott Frank, qui profite du temps qu’il a pour faire de belles images des grands espaces et de sa stupéfiante reconstitution historique.

Malgré ses qualités graphiques, Godless ne s’est pas épargnée une polémique. La faute à un marketing déplacé. La légende de l’affiche de la série précisait en effet “Welcome to no man’s land(Bienvenue dans une terre sans homme), sous-entendant que la série serait principalement soutenu par des femmes, comme le laissait aussi présager la photo de l’affiche mettant en avant les habitantes de la ville de La Belle, prête à se défendre, fusils en main, de leurs assaillants. Or il faut bien reconnaître que les hommes sont loin d’avoir désertés l’écran et que Godless n’est pas forcément la série féministe attendue par certains. Le scénariste Scott Franck déclarait d’ailleurs qu’il n’avait pas jamais eu l’intention d’écrire une série féministe : “Je ne souhaitais pas faire une grande déclaration féministeCe que je voulais vraiment c’était me concentrer sur ces personnages dont l’histoire n’avait jamais été racontée, et parmi eux, il y avait des femmes.“. Reste que le service marketing de Netflix, en choisissant d’accès la communication sur son aspect féminin a offert à Godless une polémique dont elle aurait pu se passer.

Jamais on ne s’ennuie ou ne s’impatiente. Palpitant et magistralement mis en scène, Godless restera un grand western de 9 heures, qui parvient, au bout de son épique chevauchée, à livrer tout ce qu’il a dans le ventre.

Source: Premiere.fr