La colère d’un homme patient est un thriller espagnol réalisé par Raúl Arévalo, son premier long-métrage de grande qualité relate l’histoire d’une vengeance longuement mûrie portée par Antonio de la Torre, un acteur formidable.

Curro (Luis Callejo) est le seul à avoir été arrêté pour le braquage d’une bijouterie, qui a fait un mort. Il sort de prison après avoir purgé une peine de huit ans. Maintenant, il ne pense qu’à recommencer une nouvelle vie avec les siens, sa femme Ana (Ruth Diaz) et leur fils. Ana travaille dans un bar et rencontre par hasard José (Antonio de la Torre), homme solitaire qui ne parle pas beaucoup mais est très vite accepté et apprécié de la famille. José est un taiseux, il passe son temps à jouer aux cartes dans un bar et à observer la belle Ana qui y travaille. Alors que Curro pensait reprendre une vie normale, rien ne va se passer comme prévu. Lui et ses autres amis braqueurs devront répondre de leurs actes…

Sans en dire plus sur le sujet, tout tourne autour de José, ce héros ordinaire, de ses silences et du processus psychologique qui l’amène à brandir une arme et se transformer en justicier. José est un étranger pour son entourage qui accepte, trop rarement, de se prêter au jeu social. Il ne reçoit personne chez lui, vit presque en ermite.

Raúl Arévalo a mis huit longues années pour monter ce projet que beaucoup de producteurs cherchaient à édulcorer afin de le rendre plus grand public et donc moins risqué sur le plan commercial. Toutefois, Arévalo n’a rien cédé et, avec la même patience que le personnage principal de son film, il a fini par avoir gain de cause. Cette obstination a été récompensée par 4 Goya (équivalent de nos César français) dont celui de meilleur film espagnol de l’année. C’est donc auréolé de ce titre glorieux que son premier long-métrage en tant que réalisateur arrive sur nos écrans.

Pour son interprétation impeccable, dans la retenue et l’intériorité, Antonio de la Torre a été récompensé par un Goya. Trois autres trophées espagnols ont été attribués au meilleur premier film, scénario et acteur dans un second rôle (Luis Callejo).

Pendant une vingtaine de minutes, le cinéaste se plaît à brouiller les pistes en déployant une structure narrative éclatée qui préserve le mystère entourant ce personnage mutique et glacial incarné par Antonio de la Torre. Peu à peu, l’atmosphère se fait plus lourde et le noir dessein de cet homme nous semble de plus en plus clair. Incarnant une figure vengeresse qui ne vit plus que dans un seul but, assouvir sa soif de justice personnelle. Antonio de la Torre se révèle parfait tant il pourrait incarner Monsieur tout-le-monde.

Au bout d’une heure plutôt lente, mais toujours sur le fil du rasoir, l’explosion de violence n’en est que plus frappante, aussi soudaine et douloureuse que dans un film de Scorsese. Dès lors, le métrage prend une allure implacable, faisant de cette figure héroïque un vengeur aussi froid qu’inquiétant. On n’est jamais très loin du western, notamment lors des scènes finales qui se déroulent en plein soleil, au milieu de paysages désertiques.

Pour son premier essai derrière la caméra, l’acteur Raúl Arévalo parvient à créer un ambiance malsaine et poussiéreuse. Disposant d’un casting alliant gueules et caractères trempés, il offre au passage à Antonio de la Torre l’un de ses rôles les plus impressionnants. Des débuts à suivre, indéniablement.

SourceLeFigaro.fr