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La nuit a dévoré le monde

La nuit a dévoré le monde

La nuit a dévoré le monde est un film d’horreur français coécrit et réalisé par Dominique Rocher, sorti en 2018. Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Pit Agarmen publié en 2012.

Il a frôlé l’horreur. Pendant que les autres faisaient la fête, il s’est enfermé dans une chambre et s’y est endormi. Au matin, il découvre l’appartement dévasté, couvert de traces de sang. Les zombies ont pris Paris et lui n’a plus qu’à se barricader… Curieusement, on y croit. Sans doute parce que, dans cet étonnant film d’un jeune réalisateur français, l’étrangeté ne vient pas seulement des morts-vivants, mais aussi du survivant…

Toute l’intelligence de l’adaptation du roman homonyme de Pit Agarmen est bien dans l’observation de cet homme contraint de se cacher pour survivre. Incarné par Anders Danielsen Lie, cet acteur d’origine norvégienne. Sam est un garçon dont on ne sait pas grand-chose, et à qui il est d’autant plus facile de s’identifier. Et pourtant, dès la scène d’ouverture, avant l’invasion des morts-vivants, son excellent jeu d’acteur nous permet de voir en cet individu quelqu’un de fondamentalement solitaire. Le travail du scénario est dès lors de jouer sur les limites psychologiques de l’isolement d’un homme qui, lorsqu’il en avait le choix, préférait être seul. Le postulat horrifique n’est donc finalement qu’un argument pour élaborer une pure analyse d’ordre psychanalytique.

Le peu de scènes filmées en extérieur permettent tout de même aux parisiens de se sentir tout particulièrement concernés par ce huis-clos au cœur d’un immeuble haussmannien. Mais il apparaît évident que le choix de la ville n’est pas anodin, tant ce besoin de s’isoler, de peur de la potentielle agressivité des autres citadins, n’est pas quelque chose de spécifique à une telle fiction post-apocalyptique. L’étude du comportement de cet homme isolé face à une armée de monstres est donc également l’allégorie du mode de vie urbain dans ce qu’il a de plus aliénant. On est en tous les cas bien loin du schéma américain classique, tel que nous l’a enseigné Romero.

Cette nouvelle date dans le renouveau du cinéma de genre made in France est donc avant tout un astucieux film d’auteur mais aussi et surtout une performance d’acteur remarquable. Il est certain que pour alimenter un récit qui consiste majoritairement à suivre un homme seul, mieux vaut que celui-ci soit convaincant. Et Anders Danielsen Lie livre une performance fascinante du début à la fin.

Mais puisque Sam n’est pas vraiment seul, les prestations de Denis Lavant et de Golshifteh Farahani sont à la hauteur du talent de ces deux excellents interprètes toujours pleins de surprise. Avec une belle audace, le réalisateur accentue encore davantage la dimension philosophique de son film d’anticipation lors des deux seules rencontres que fait le rescapé. Les trouvailles se cumulent donc, l’une après l’autre, et font de ce long-métrage un étonnant objet filmique. Une bonne surprise, loin de tout ce que l’on a déjà pu voir d’un film vendu pour ses revenants anthropophages.

SourceAvoir-Alire.com

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