L’Adoption, tome 1 – Qinaya – et tome 2 – La Garúa – , est une BD franco-belge pleine d’amour et d’émotions de Arno Monin et Zidrou. Le graphisme, les couleurs, les dessins et les textes sont tout simplement sublimes, délicieux comme des bonbons acidulés que l’on laisse fondre dans la bouche.

Zidrou, outre le travail sur le récit, accomplit également dans cette « adoption » un travail très réussi sur le langage, sur la barrière des mots qui peut se détruire par le regard et le partage de sentiments.

Le dessin de Monin, lui, dans une vraie tradition belgo-française, est d’une belle facture. Avec un sens tranquille du mouvement, ce dessinateur nous fait suivre les pas, souvent fatigués, de ses héros. Il nous fait vivre à leurs côtés, presque, et pas seulement comme spectateurs. Et son travail sur la couleur, qu’elle soit celle de la brume ou celle du ciel péruvien ensoleillé, ce travail nous restitue plus que des paysages, des vraies ambiances.

L’émotion est là, tout comme l’émerveillement devant cette petite fille du bout du monde adoptée par un couple de Français, rencontré dans le premier tome, qui fait fondre la carapace des plus durs ; à savoir Gabriel, le grand-père d’adoption. Finalement, ils tombent sous le charme de cette fillette. Une histoire d’amour entre une petite fille et son grand père terriblement touchante !

Et oui, lorsque l’enfant paraît, le monde semble s’adoucir. Les bulles ne manquent pas d’humour non plus. Les personnages principaux comme secondaires sont tous attachant, autant pour leurs petits défauts que pour leurs grandes qualités.

Cette BD paraît être un bijoux tout doux jusqu’à ce que les choses se gâtent dans un retournement de situation des plus inattendus qui nous conduira au Pérou, pays d’origine de la fillette, dans le deuxième tome, tout aussi réussi graphiquement. Cette histoire évoque la génération d’hommes qui sont bien plus doués et disponibles pour être grands-pères qu’ils ne l’étaient, trente ans plus tôt, pour être pères. C’est un livre sur l’échec, sur la vieillesse, sur la mort, sur l’absence, sur la désillusion, sur le désenchantement. C’est un livre sur la mémoire, aussi, et l’amitié, et l’amour. Et la vie plutôt que la survie, en fin de compte !

Mais, évidemment, le sujet principal de ces deux tomes reste l’adoption, le désir viscéral de devenir parent, envers et contre tout… Et donc de certaines dérives des réseaux d’adoption. Le tout sur la partition de l’Amour, lui aussi envers et contre tout, dans une tranche de vie de gens ordinaires.

L’histoire, autant que les dialogues, fait mouche et on se surprend à écraser une petite larme. Force donc est de constater tout le talent de Zidrou, ici bien accompagné par le dessin d’Arno Monin, particulièrement soigné. Il est remplis de tendresse, à la fois simple (comme la vie des personnages) et touchant.

Finalement, on peut, en deux mots, résumer cette BD : à aimer !

Source: Bd-Chroniques.be