Love Hunters est un thriller psychologique australien sorti en 2017. Le cinéaste Ben Young signe un premier long métrage stupéfiant, créatif et audacieux. Il ose d’incroyables ralentis, voire des arrêts sur image d’une grande beauté, au rythme de chansons de Cat Stevens, Moody Blues ou Joy Division.

Ce thriller australien sur un couple de kidnappeurs et d’assassins fait froid dans le dos. Love Hunters est en partie inspiré d’une vague de disparitions en Australie dans les années 1980, on tremble.

Le film conte l’histoire d’une séquestration, celle d’une ado, dans la région de Perth, par un couple maléfique qui a à son actif l’enlèvement et l’assassinat de plusieurs autres jeunes filles. Le sort que John (Stephen Curry) et Evelyn White (Emma Booth), ces deux pervers, réservent à Vicki (Ashleigh Cummings) ne fait guère de doute : viols, tortures, et au bout, meurtre. À travers le regard de Vicki, on découvre que John tient Evelyn sous son emprise. Le jeune acteur/cinéaste Ben Young part ainsi d’une certaine maîtrise des codes du film de psycho killer pour explorer avec une cruauté saisissante les terrifiants mécanismes de la manipulation psychologique dans l’intimité d’un couple.

Love Hunters dévoile immédiatement l’intérieur de la maison des White pour mieux en révéler le quotidien malsain. Parmi les vieux meubles seventies et la cuisine en formica, tout est signe de l’obsession de John et de la tyrannie qu’il exerce sur sa femme : le rituel d’un petit-déjeuner parfaitement aligné sur la table que l’époux mangera seul, les chaussures impeccables sur le pas de la porte, le chien Loulou toujours chassé de la maison, le bain donné aux victimes en attendant le retour du « maître », le nettoyage des traces de viol et de torture, entre mouchoirs ensanglantés, traces d’urine et de larmes et godes salis. Par ce réalisme aussi poisseux et gluant que le papier peint de la maison, le spectateur est contraint en même temps que la jeune Vicki à une promiscuité effrayante avec les personnages.

Le huis clos de la maison devient donc le territoire privilégié du suspense : un espace plein de couloirs et de murs propices au hors-champ où John risque toujours de surgir lorsque l’astucieuse Vicki cherche à s’échapper. Love hunters a l’originalité de s’intéresser bien plus à la personnalité des kidnappeurs que de la victime, ce qui n’est pas fréquent dans ce genre de films. Évitant toute complaisance, notamment le voyeurisme ou le torture-porn très usité dans les années 2000, Love hunters privilégie les scènes d’horreur hors champ. Ce qui donne encore plus de force et d’intensité aux situations concernées.

Ben Young, dont ce sont les débuts, filme des monstres au rabais. Ils en sont d’autant plus terrifiants. Love Hunters est poisseux, malsain, dérangeant. Cela sent la sueur et l’angoisse, les fins de mois difficiles, les voisins qui se plaignent du bruit. Le milieu est pitoyable, le cadre tragique. Être unis dans le crime ne protège pas des violences conjugales. La prisonnière tente de s’échapper, retombe dans le désespoir, tâche d’amadouer sa gardienne. Le maître de maison rugit comme un fauve en cage.

La caméra affiche une sobriété efficace, crée le malaise. Les cris, la musique vrillent les tympans. Cela réunit tous les ingrédients pour devenir un film culte, un de ces longs-métrages épicés qu’on regardera à plusieurs le week-end en ricanant, pour masquer l’effroi qui saute à la gorge.

Il demeure un premier film hautement recommandable. J’attend avec intérêt le prochain long métrage de Ben Young.

SourceLeFigaro.fr