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Mindhunter

Mindhunter

David Fincher entre dans la tête des tueurs en série avec Mindhunter, et adapte l’essai d’un agent du FBI, précurseur du “profilage” à la fin des années 1970. Un thriller psychologique rigoureux et captivant.

David Fincher est fasciné par les esprits hors norme, que le commun des mortels ne semble pouvoir cerner. Celui de Mark Zuckerberg dans The Social Network (2010), du yuppie en crise de Fight Club (1999), de l’épouse mystérieuse de Gone Girl (2014). Mais aussi les esprits malades des tueurs en série de Seven (1995), Millénium (2011) et Zodiac (2007).

Il réalise et produit pour Netflix la série Mindhunter, adaptation de l’essai Agent spécial du FBI : j’ai traqué des serial killers, signé John E. Douglas (avec Mark Olshaker).

À la fin des années 1970, cet agent spécial a imaginé les fondements du « profilage », en allant interviewer en prison les pires criminels de l’époque, dans l’espoir de comprendre leur façon de penser et d’agir. Mindhunter met en scène une version romancée de son enquête, menée par Holden Ford, un jeune négociateur ambitieux et passionné (Jonathan Groff), et Bill Tench, son partenaire plus âgé et mesuré (Holt McCallany).

« Que faire quand le mobile du crime est insaisissable ? » La question est plusieurs fois répétée au cours des deux premiers épisodes de Mindhunter. Ford, négociateur et formateur adepte de l’écoute et du dialogue en toutes circonstances, veut trouver un moyen de rationaliser les gestes de ceux que ses supérieurs appellent des « fous ».

Au fait des dernières théories académiques sur le sujet, il s’engage dans une étude dont la question clé est résumée par son coéquipier : « Comment anticiper la folie des assassins si nous ne savons pas comment ils pensent ? ». Ensemble, les deux hommes sillonnent le pays à la rencontre des flics locaux d’abord, pour les former aux rudiments de ce qui ne s’appelle pas encore le « profilage », puis, rapidement, des plus célèbres tueurs en série du pays, à commencer par Ed Kemper, alias l’Ogre de Santa Cruz, condamné pour avoir tué et décapité six femmes… dont sa propre mère.

Ford et Tench ne s’attaquent pas seulement à une question criminelle. Ils affrontent une perte de sens généralisée, une disparition des valeurs sur lesquelles on pensait que la société américaine reposait solidement. Isolés dans un système qui préfère encore prendre les lois à la lettre et ne jamais questionner leurs sens, les deux agents réalisent un travail qui tient autant de la réforme policière que de la psychanalyse. Plus l’humain joue un rôle important dans Mindhunter, plus on se passionne et on s’interroge sur la direction que prendra l’intrigue.

Mindhunter, c’est l’histoire de deux flics charismatiques, incarnés par deux excellents comédiens, qui seront par la suite rejoints par la non moins excellente Anna Torv. Elle devra pour cela tenir un équilibre entre suspense et réflexion sur « l’esprit criminel » et sa frontière avec celui du flic qui le traque – où s’arrête la raison, et où débute la « folie » ?

Mindhunter porte, dès ses premiers plans, la marque de David Fincher, producteur et réalisateur de quatre épisodes : photo élégante, légèrement glacée, cadre millimétré, souplesse des mouvements de caméra et montage « cut ».

 

Dans la saison 2 de Mindhunter, Wendy Carr, Holden Ford et Bill Tench élargissent leur petite Unité de Science Comportementale mais leur travail de long terme se voit interrompu par une série de meurtres d’enfants noirs à Atlanta. La poursuite du “BTK Killer“, le tueur qui “ligote, torture et tue” n’est donc pas le focus principal des 9 épisodes contrairement à ce qu’on aurait pu penser. Pourtant à Quantico, Wendy Carr veille au grain pour que leur étude se poursuive et la séparation de l’unité en plusieurs petits groupes permet de davantage s’intéresser aux trois personnages principaux.

Rétrospectivement, la première saison prend des allures d’introduction qui n’aurait servi qu’à poser les bases du cœur de l’histoire, qui se dévoile dans la saison 2. Impression qui se reflète dans les intrigues puisque la première saison a servi au trio à former son unité et étudier plusieurs sujets afin de pouvoir, dans la saison 2, mettre leurs connaissances en application dans le cadre d’une enquête en cours. La mise en lumière de Wendy, personnage aussi complexe qu’intéressant, apporte beaucoup à la série après avoir été malheureusement sous-exploitée dans la première saison.

Enfin la vie de famille de Bill est également au centre d’une intrigue qui permet à Mindhunter d’équilibrer son temps d’écran plus équitablement entre les 3 personnages, Holden ayant été prédominant au début de la série. Ajoutez à cela une réalisation toujours aussi soignée, le retour d’Ed Kemper, la présence de Charles Manson et d’autres profils aussi terrifiants que fascinants et on obtient une suite qui vaut largement le détour.

Mindhunter continue d’explorer les esprits les plus dérangés des Etats-Unis tout en étudiant de près les conséquences que cela peut avoir sur les personnages.

SourceTelerama.fr

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